Je suis Julia Dubois, rédactrice spécialisée en naturopathie et bien-être naturel, installée à Saint-Cyr-sur-Loire, en périphérie de Tours, avec mon mari et nos deux adolescents. Un matin de mars, sous le pont Wilson, au bord du Cher, l’odeur d’eau froide m’a saisie quand j’ai retiré mes gants trop fins. Les jeunes orties frémissaient dans l’herbe humide. J’avais un sac en toile, une paire de ciseaux et une idée très simple : rentrer avec 280 g de pousses, pas plus. Dans ma casserole, je regardais déjà autre chose qu’une mauvaise herbe.
Ce qui m’a poussée à ramasser ces orties un matin au bord du Cher
Je rédige sur la naturopathie depuis 2010. Mon budget de veille éditoriale est de 30 € par mois. Ce matin-là, j’avais surtout besoin d’un geste simple. J’avais passé la veille devant mon écran, puis j’avais aidé à préparer le dîner pour la famille. Sortir marcher m’a fait du bien d’entrée. Le sol était humide. Mes chaussures ont pris un peu de terre. Cela m’a convenu.
J’ai ramassé ces orties parce que je voulais tester une soupe locale et gratuite. En longeant la berge du Cher, j’ai repéré les pointes les plus tendres, celles du sommet, fines et souples. Le mot gratuit m’a fait sourire. Entre les courses et deux adolescents qui mangent vite, je regarde toujours ce qui évite un achat inutile. Je me suis dit que si je rentrais avec une petite récolte, la matinée serait déjà réussie.
Avant de me lancer, j’avais surtout en tête les précautions. Ma formation continue en naturopathie à l’IFSH m’a rappelé de ne cueillir que des sommités jeunes. J’avais aussi relu une fiche de la Fédération Française de Naturopathie sur la cueillette attentive. Je savais que l’ortie pique. Je pensais quand même que la cuisson gommerait tout très vite. Je me trompais un peu sur la difficulté. Et beaucoup sur le volume.
La cueillette et les premières galères que je n’avais pas anticipées
J’ai marché 20 minutes le long du Cher. Les orties poussaient par petits groupes, juste au-dessus de la ligne humide. J’ai eu le mauvais réflexe d’en tirer quelques-unes trop hautes pour remplir plus vite mon sac. Mauvaise idée. Les poils urticants m’ont piquée aux poignets dès que je me suis penchée. La chaleur a monté sous mes avant-bras malgré les gants. J’avais pris des gants trop fins. Le tissu a laissé passer le frottement.
Le tri m’a prise de court. Je pensais faire ça sur le chemin, mais j’ai dû enlever les tiges dures une à une, en gardant surtout les sommités. À ce moment-là, je me suis rendue compte que j’avais cueilli trop large. Quelques feuilles avaient gardé du sable et deux petites brindilles. J’ai aussi trouvé un minuscule insecte collé au fond du sac. J’ai posé le tout sur l’évier. J’ai rempli 3 bassines. La première a noirci presque aussitôt. La deuxième a laissé glisser des grains de sable entre mes doigts.
J’ai frotté trop fort à certains moments. J’ai abîmé 2 feuilles qui auraient mieux valu rester entières. J’ai pesé la récolte ensuite : 280 g de feuilles fraîches, pas davantage. Ce chiffre m’a surprise, parce que le sac paraissait plein. Une fois égouttées, les orties se sont réduites à une petite poignée verte. J’ai compris que l’ortie se mérite autant dans la main que dans la casserole.
Ce moment où la soupe a changé de visage
Quand j’ai versé les feuilles dans 1 L d’eau chaude, le vert clair a reculé d’un coup. En quelques secondes, la masse s’est affaissée et a pris un vert très sombre, presque noir sous la vapeur. J’étais debout devant la casserole, la cuillère en bois à la main. J’ai laissé blanchir 1 minute, pas plus. L’odeur a changé juste après. Ce n’était plus l’herbe brute du bord du Cher. C’était déjà une soupe.
J’ai ajouté 1 oignon, coupé en dés, puis 2 pommes de terre déjà cuites. L’odeur de verdure douce a rempli la cuisine. Au premier essai, j’ai goûté une cuillerée encore chaude. Je m’attendais à une amertume sèche. J’ai trouvé quelque chose entre l’épinard et l’herbe fraîche. La texture restait un peu fibreuse sur la langue. J’avais gardé quelques tiges trop hautes. J’ai repris le mixeur plongeant et j’ai insisté 30 secondes . Le bruit a changé. La soupe est devenue plus lisse.
Ce qui m’a le plus marquée, c’est le contraste entre la plante piquante et le bol final. Mon mari a levé les yeux quand j’ai posé la marmite sur la table. Mes deux adolescents ont d’abord fait la moue, puis ont fini leurs bols. J’avais encore une petite brûlure sur le poignet gauche. Elle me rappelait ma fausse économie de gants. Pas terrible. Vraiment pas terrible. Mais la soupe, elle, tenait debout.
J’ai servi 2 bols, puis j’ai laissé la casserole sur feu très doux pendant 4 minutes. Le goût s’est adouci après le repos. Je n’avais pas prévu ce petit effet-là. Le soir, en la remuant encore, j’avais déjà changé de regard sur l’ortie. Je n’y voyais plus seulement la plante qui brûle les doigts. J’y voyais un légume discret, à manier avec patience.
Ce que j’ai appris après cette première soupe
J’ai surtout retenu mes erreurs. Cueillir des tiges trop dures m’a donné une soupe filandreuse. Le lavage trop rapide m’a laissé un fond de sable qui grinçait sous la dent. Le mixeur mal utilisé a gardé des nervures. Si je recommence, je garderai seulement les jeunes pousses du sommet. Je laverai en 3 eaux. Et je ne dépasserai pas 1 minute de blanchiment.
Avec le recul, j’ai compris que le rendement est le vrai piège. On croit repartir avec une grosse récolte, puis tout retombe au fond de la marmite. Ce matin-là, mon sac plein s’est transformé en une petite soupe pour 2. La leçon m’est restée dans la main, plus que dans l’assiette. Depuis, je trie mieux dès la cueillette. Je garde les pointes souples. J’ajoute l’oignon au départ, parce qu’il donne une base plus ronde.
Dans mon travail rédactionnel, en 17 ans à écrire pour Vitalité Naturo, j’ai vu passer assez de lecteurs méfiants devant les plantes sauvages pour savoir que la prudence reste la meilleure alliée. Pour une irritation qui ne passe pas, je laisse la place à un médecin. Je garde aussi en tête les repères de l’Assurance Maladie, sur ameli.fr, quand une gêne cutanée dure ou s’étend. Là, je m’arrête.
Au fond, cette soupe m’a appris quelque chose de simple sur mon rythme. Elle demande du temps au début, puis elle récompense la main qui trie, lave et attend. Oui, je la referai, mais seulement pour une petite cueillette matinale et avec des feuilles très jeunes. Non, je ne la conseille pas à quelqu’un qui veut improviser après 18 h. Ce soir-là, dans ma cuisine de Tours, l’ortie n’avait plus rien d’une agression.
Ce soir-là, j’ai hésité longtemps avant de me lancer, je ne savais pas vraiment par où commencer.
À Tours, dans mon petit espace près du Cher, j’ai appris à ralentir. La lumière du matin traverse les platanes du boulevard Heurteloup vers 7 heures 30, et c’est souvent à ce moment-là que je bois ma première infusion, une camomille romaine de chez un producteur d’Amboise. Mes deux ados dorment encore, la maison est silencieuse, je pose mes mains sur la tasse et je respire trois fois lentement avant d’avaler la première gorgée.
La cohérence cardiaque, je la pratique depuis 2019 : 5 minutes, 6 respirations par minute, trois fois par jour. Les premières semaines j’avais du mal à tenir 3 minutes, je me demandais si ça servait vraiment. Puis j’ai remarqué, après 21 jours précisément, que mes réveils nocturnes étaient passés de 3 à 1 par nuit en moyenne. C’est un chiffre que j’ai noté scrupuleusement dans un petit carnet Moleskine.


