Mes migraines prémenstruelles m’ont clouée au lit un samedi matin, à la périphérie de Tours. J’étais mariée, avec deux enfants adolescents à la maison, et j’avais ce type de douleur pulsatile d’un seul côté qui me coupait net dès le réveil. La veille, je sortais encore de la pharmacie de la Tranchée avec 200 € de comprimés et de boîtes avalés trop tard. J’étais déjà écœurée par ce scénario qui revenait chaque mois.
Je pensais que c’était juste du stress et de la fatigue, et je ne voyais pas le cycle
En 17 ans de travail rédactionnel, puis de formation continue en naturopathie à l’IFSH, j’ai appris à chercher des rythmes, pas des miracles. Pourtant, je n’ai pas vu le mien. Je mettais mes migraines sur le dos du surmenage, de la charge mentale, des bouclages du magazine et des soirées avec mes deux adolescents. À 42 ans, je me suis même dit que la périménopause brouillait tout.
J’ai fait l’erreur classique. J’attendais que la douleur soit au maximum avant de prendre un antidouleur. Ensuite, je voulais juger sur une seule prise, sans noter l’heure ni le jour du cycle. D’une crise à l’autre, je changeais de coupable. Le manque de sommeil un mois, le repas sauté le suivant, puis le café trop tard. Sans calendrier, tout restait flou.
J’ai aussi payé cette confusion en jours perdus. J’ai laissé filer 3 journées entières, plus plusieurs demi-journées où je restais couchée avec les stores baissés. Les 200 € ont brûlé pour des prises trop tardives qui ne me rendaient pas ma matinée. La nuit, je dormais mal. Au réveil, j’avais déjà la nuque dure. Mes enfants me parlaient dans la cuisine, et je répondais à côté. Ou trop sèchement. Pas terrible.
Le pire, c’était la lumière du plafond. Je gardais par moments mes lunettes de soleil en intérieur, parce que mes yeux brûlaient dès que j’entrais dans la cuisine. Ma tête commençait par se tendre d’un côté, puis le battement prenait le relais. J’avais aussi les trapèzes durs comme du bois, la mâchoire serrée, un petit goût bizarre dans la bouche, et une nausée légère que je balayais d’un revers de main. Je croyais encore à une migraine de fatigue. Je ne voyais pas la mécanique hormonale derrière.
Le jour où j’ai enfin vu le motif impossible à ignorer dans mon journal du cycle
Un mardi de février, j’ai sorti un cahier bleu et j’ai noté chaque crise sans tricher. J’ai écrit la date, l’intensité sur 10, la photophobie, la nausée, le jour du cycle, le sommeil de la nuit précédente, le café et l’hydratation. Le geste avait l’air banal. Pourtant, je l’ai senti tout de suite, comme si je cessais enfin de me raconter une version arrangée de mes journées. Pour la première fois, j’avais une trace nette au lieu d’un souvenir brouillé.
Au bout de 4 cycles consécutifs, la même scène revenait. Deux jours avant les règles, par moments 3, la douleur reprenait d’un seul côté. Le ventre gonflait, l’irritabilité montait, et la lumière du salon devenait insupportable. Ce n’était ni un mois difficile ni un hasard. Ce n’est qu’en notant mes douleurs dans un calendrier que j’ai enfin vu le motif impossible à ignorer : mes migraines revenaient toujours au même moment du cycle.
J’ai mis du temps à accepter le mot migraine cataméniale. La chute d’œstrogènes de fin de cycle collait mieux que mon vieux récit de fatigue. La photophobie, la nausée et le battement d’un seul côté formaient un tableau plus propre que mes excuses. Ce n’était pas une simple migraine de tête vide ou de semaine chargée. C’était un phénomène cyclique, hormonal, qui se pointait toujours au même passage du mois.
En recoupant mes notes avec les repères d’ameli.fr et les articles de la Fédération Française de Naturopathie, j’ai arrêté de penser en vrac. Ma veille éditoriale et ma formation continue en naturopathie m’ont surtout appris une chose à mes dépens : un symptôme répété finit par dire quelque chose, même quand je préfère l’ignorer. Là, je n’avais plus besoin d’un grand discours. Le calendrier parlait tout seul.
J’ai continué à faire des erreurs en pensant que je pouvais gérer seule sans ajuster mes habitudes
J’ai continué à faire la même bêtise pendant des mois. J’attendais que la douleur soit déjà installée avant de prendre quoi que ce soit, puis je m’étonnais que la crise traîne. À ce stade, le mal était lancé, et je jouais la montre au lieu de couper court. Une prise isolée, sans noter l’heure ni le jour du cycle, ne m’apprenait rien. Je m’accrochais à l’idée que je pouvais encaisser encore un peu. Mauvais calcul.
Les signaux étaient pourtant là, très tôt. Ma nuque se raidissait avant la première pulsation, mes trapèzes devenaient durs, et la mâchoire se crispait sans bruit. Ensuite, la lumière du plafond m’agressait comme un projecteur trop blanc. J’avais aussi ce goût bizarre, puis une petite nausée qui me suivait dans l’escalier. J’ai longtemps pris ça pour des détails. En vrai, c’était le début de la crise.
Je l’ai senti aussi dans mes nuits et dans ma maison. Certaines crises me réveillaient à 3 h 17, et je passais le lendemain à marcher à demi pliée. Je faisais semblant d’être disponible, mais je restais tendue du cou jusqu’aux épaules. À 42 ans, la périménopause a brouillé mes cycles encore davantage. Les jours devenaient moins lisibles, les symptômes changeaient d’un mois à l’autre, et j’ai pris cette variation pour de l’âge ou du stress. J’avais tort.
J’ai aussi aggravé des journées entières en sautant des repas et en buvant trop peu. Je pensais qu’un mal de tête supportait bien un café avalé vite fait et deux biscuits. En réalité, la crise montait plus fort après, avec ce coup de barre sale qui me laissait sèche et irritable. J’ai compris trop tard que mon corps me parlait dès le matin, avant même que la douleur soit franche. Je l’écoutais au mauvais moment, quand tout était déjà bloqué.
Ce que j’aurais dû faire et ce que je fais maintenant pour ne plus subir
J’ai fini par remplir mes pages avec autre chose que mes humeurs. J’y ai noté le jour du cycle, le niveau de douleur, le sommeil, le café, l’hydratation et les repas sautés. La feuille disait plus vrai que ma mémoire. Je voyais d’un coup le mercredi trop léger, la nuit trop courte et le café pris pour tenir un bouclage. J’ai aussi relu les repères de la HAS, puis les pages d’ameli.fr, parce que je ne voulais plus confondre intuition et hasard.
- la nuque raide dès le matin
- les trapèzes durs comme du bois
- la lumière du plafond insupportable
- la petite nausée avec goût bizarre
- le ventre gonflé et les seins tendus
- l’irritabilité qui montait sans raison
Je me suis aussi heurtée à une limite très nette. Je travaille comme rédactrice spécialisée en naturopathie pour un magazine éditorial, pas comme médecin. Je peux lire un rythme, relier des habitudes et repérer des terrains fragiles. Je ne pose pas de diagnostic moi-même. Quand les crises ont pris plus de place, j’ai laissé ce terrain médical à un spécialiste, parce que je ne voulais plus faire semblant de maîtriser ce qui me dépassait.
La Fédération Française de Naturopathie m’a confortée dans cette sobriété. Je n’avais pas besoin d’un récit grandiose, juste d’un peu plus de rigueur et d’un peu moins d’entêtement. Avec mes deux adolescents à la maison, j’ai aussi vu le changement dans des scènes minuscules : un petit déjeuner pris sans tension, un matin où je n’avais pas à fermer les volets, une soirée où je restais présente au lieu de m’effondrer à 20 h 30. Les crises n’ont pas disparu, mais leur violence a reculé. Mon sommeil a gagné en stabilité, et la maison aussi.
Pour une migraine qui revient toujours 2 jours avant les règles, le journal du cycle vaut oui. Pour une douleur qui change brutalement de nature, le verdict est non : je dois consulter. Moi, je l’ai compris trop tard, sur l’avenue de la Tranchée et dans mon cahier bleu. Si j’avais su plus tôt que la douleur revenait 2 jours avant les règles, j’aurais arrêté de courir après 200 € partis dans des comprimés pris trop tard, et j’aurais cessé de perdre 3 matinées à lutter contre une lumière que je ne supportais plus.


