À Saint-Cyr-sur-Loire, dans ma cuisine encore humide de vapeur, la tasse de chicorée a heurté la soucoupe achetée à l’Emmaüs de La Riche avec ce petit son sec que je reconnais tout de suite. J’étais en train de sortir du sac des Halles de Tours une brioche un peu tiède, et mes 2 adolescents ont levé la tête au même moment. Moi, Julia Dubois, 45 ans, mariée, rédactrice spécialisée en naturopathie et bien-être naturel depuis 2010, je n’avais pas prévu que ce matin-là resterait aussi net dans ma mémoire.
Je vis en périphérie de Tours avec mon mari et nos 2 adolescents. Je travaille à distance pour un magazine éditorial, et mes journées sont plusieurs fois faites de relectures, de délais et de bols oubliés sur le plan de travail. Ce samedi, la chicorée a tout ralenti d’un coup. J’ai revu la cuisine carrelée de ma grand-mère, sa cuillère en inox, et son bol blanc posé près de l’évier.
Ce que j’ai cherché dans cette boisson, et pourquoi je m’y suis intéressée
Je n’ai pas adopté la chicorée par effet de mode. Le café me rend par moments trop nerveuse, surtout quand je commence à écrire avant 8 h 00. La chicorée m’a paru plus douce, plus simple à vivre au quotidien. J’avais aussi en tête quelques repères lus sur ameli.fr, et mes notes de formation à l’IFSH sur les boissons du matin.
Ce jour-là, j’avais préparé 250 ml d’eau dans le mug bleu foncé, avec 2 cuillères rases de chicorée. Mauvaise idée. L’eau sortait de la bouilloire presque frémissante, et la poudre s’est un peu agglutinée au fond. J’ai laissé reposer la tasse 12 minutes sur la table pendant que je répondais à un message et que je coupais une pomme. L’amertume a monté plus fort que prévu.
Mon fils a demandé le premier. Il s’est approché, a tiré la chaise avec le genou et a dit, sans lever les yeux, qu’il voulait juste une gorgée. Ma fille a fait semblant de ne pas s’y intéresser, puis elle a pris la tasse juste après lui. Ils ont tous les deux trouvé ça “bizarre”, ce qui, chez eux, veut plusieurs fois dire qu’ils sont prêts à recommencer.
J’ai alors compris que je l’avais servie trop corsée pour un premier essai. Une seule cuillère aurait suffi. J’ai ajouté une pointe de lait dans la mienne, pas dans la leur, et le goût s’est un peu arrondi. J’ai aussi laissé tomber le sucre à part, parce que je voulais voir leur réaction sans tricher dès le départ.
La réaction de mes adolescents m’a surprise plus que le goût lui-même
Le premier à grimacer a été mon fils. Il a gardé la bouche fermée une seconde, puis il a lâché un “c’est amer” très honnête. Ma fille, elle, a reposé la tasse et a demandé si ça se buvait toujours froid aussi vite. Ce détail m’a fait sourire, parce qu’elle avait remarqué exactement ce que j’avais raté : la boisson avait perdu sa rondeur en attendant.
J’ai noté cette erreur comme je le ferais dans un article de fond. Avec une eau moins chaude, la chicorée garde une note plus ronde. Avec 30 secondes de repos avant de servir, elle devient moins sèche. Je n’en suis pas certaine pour tout le monde, mais chez nous, la différence était claire.
Le plus étonnant n’a pas été leur premier avis. Ce qui m’a touchée, c’est qu’ils sont revenus vers la boîte 3 jours plus tard, sans que je leur propose rien. Mon fils a tapoté le carton du bout de l’ongle, ma fille a demandé si j’en reprenais le lendemain. Là, j’ai compris qu’ils ne validaient pas la boisson, mais qu’ils validaient le moment partagé.
Ce que je referais, et pour qui la chicorée fonctionne vraiment chez moi
Si je devais recommencer, je préparerais une tasse plus légère. Je laisserais la vapeur tomber 30 secondes. Je proposerais le sucre à part, et je ne parlerais pas pendant la première gorgée. Dans ma cuisine de Saint-Cyr-sur-Loire, c’est plusieurs fois ce qui change tout : le bon rythme, pas le grand discours.
La chicorée reste intéressante pour moi parce qu’elle s’intègre sans machine, sans geste compliqué, et sans caféine. Elle me convient les matins où je veux quelque chose calme qu’un café. En revanche, je ne la conseille pas à un ado qui cherche une boisson très douce dès la première gorgée. Pour un adulte qui accepte une amertume nette et veut réduire le café, oui. Pour un palais qui aime les boissons rondes et sucrées, non, pas au premier essai.
Quand je repense à cette tasse, je revois aussi les sacs des Halles de Tours dans l’entrée, le bord ébréché de la soucoupe et la brioche encore tiède sur la table. Ce matin-là n’a pas seulement réveillé un souvenir de ma grand-mère. Il m’a rappelé que, chez moi, une boisson simple peut encore ouvrir une conversation très concrète entre mon mari, mes 2 adolescents et moi.
Ce soir-là, j’ai hésité longtemps avant de me lancer, je ne savais pas vraiment par où commencer.
À Tours, dans mon petit espace près du Cher, j’ai appris à ralentir. La lumière du matin traverse les platanes du boulevard Heurteloup vers 7 heures 30, et c’est souvent à ce moment-là que je bois ma première infusion, une camomille romaine de chez un producteur d’Amboise. Mes deux ados dorment encore, la maison est silencieuse, je pose mes mains sur la tasse et je respire trois fois lentement avant d’avaler la première gorgée.
La cohérence cardiaque, je la pratique depuis 2019 : 5 minutes, 6 respirations par minute, trois fois par jour. Les premières semaines j’avais du mal à tenir 3 minutes, je me demandais si ça servait vraiment. Puis j’ai remarqué, après 21 jours précisément, que mes réveils nocturnes étaient passés de 3 à 1 par nuit en moyenne. C’est un chiffre que j’ai noté scrupuleusement dans un petit carnet Moleskine.
Les plantes adaptogènes, je les introduis toujours une par une, jamais en cocktail. L’ashwagandha pendant 8 semaines, puis pause d’un mois, puis éventuellement rhodiola. Cette rotation m’évite la saturation et me permet d’évaluer clairement ce qui agit sur mon stress et ce qui ne fait rien. J’ai appris cette méthode auprès de ma formatrice en naturopathie, en 2017.
Le dimanche, quand le temps le permet, je marche deux heures le long de la Loire, souvent entre Amboise et Montlouis, parfois jusqu’à Chenonceau. Cette marche lente, sans téléphone, avec juste une gourde et un carnet, remet mon système nerveux dans le bon tempo. Je reviens avec l’impression d’avoir gagné trois jours de sommeil réparateur.
Mes deux adolescents, 15 et 16 ans, observent tout ça avec un mélange de curiosité et d’ironie bienveillante. Ma fille m’a demandé la semaine dernière si je pouvais lui préparer une tisane pour dormir, et mon fils, lui, a commencé à faire 5 minutes de respiration avant ses contrôles de maths. Ce ne sont pas des révolutions, juste de petits basculements qui me touchent beaucoup.
Côté alimentation, j’ai ajusté mes repas à la saison depuis trois ans : légumes racines en hiver, feuilles vertes au printemps, fruits juteux en été, courges et champignons à l’automne. Je m’approvisionne principalement au marché des Halles de Tours le samedi matin, et je complète chez un maraîcher bio de Saint-Avertin. Le budget hebdomadaire tourne autour de 85 euros pour quatre.


